VERRETICALE 2018 – #1: « La guerre des salons »

VERRETICALE 2018 – #1: « La guerre des salons »

Plongée au coeur de différentes manifestations « VIN » durant cet hiver 2018. La VERRETICALE, c’est un roadtrip dans la france vinicole, un carnet de voyage fourni de grands vins dégustés, de belles rencontres et d’anecdotes. Mais aussi les potes, les vignerons, les mains qu’on aime serrer, les verres à dégustation consignés, l’email des dents noirci par ces heures de grumage, le sourire aux lèvres…tout cela, décliné dans une série d’épisodes à venir bientôt sur le blog et la page Facebook du Verre Gagne.

L'hiver, la vigne reste à découvert, la sève circule lentement dans ses veines et les frimas de janvier la plongent dans un profond sommeil. Les hommes s'activent à la taille pour préparer la pousse des futurs rameaux qui conditionnera la charge de grappes à porter pour ces dames. 

Les vignerons prennent ensuite un peu de temps pour souffler avant de se projeter vers les futures "mises*" de printemps (*: mises en bouteille). Finalement, une époque idéale pour aller à la rencontre des clients, des dégustateurs, des curieux...mais aussi pour croiser les collègues-vignerons de France et d'ailleurs. On échange, on radote un peu bien sûr et on déguste surtout les vins des confrères. On essaye de comprendre pourquoi, on prend l'info et on juge son travail: c'est à dire son vin face aux autres.  
S'il y a évidemment une compétition et elle reste saine (encore que...), il y a très souvent une belle amitié qui se noue entre vignerons. Les bouteilles tombent les unes après les autres et les sourires finissent par inonder ces belles réunions de passionnés.En fin de journée, Le vigneron sort alors la précieuse quille qu'il cachait discrètement sous la table de dégustation. Souvent un millésime de maturité d'une cuvée singulière qu'il se ne prive pas de partager avec les heureux présents. Les verres se pressent alors autour du goulot et les conversations s'arrêtent pour méditer face au vénérable nectar. 
Durant de nombreuses années, au "Grand Tasting" parisien de Bettane et Desseauve, le célèbre vigneron de Vingrau, Hervé Bizeul (Clos des Fées - 66) annonçait l'ouverture et la dégustation offerte d'un vieux millésime de "Petite Sibérie" par un grand coup de cloche dans les allées du salon. À chaque fois, on frôlait la douce émeute car les avertis s'empressaient de venir goûter cette cuvée qui brille autant par son éclat que par son prix (justifié). 
S'il y a bien-sûr les grands halls, les parcs-expo ou les beaux pavillons pour accueillir ces dégustations, il existe aussi des évènements plus populaires où les cravates s'attachent au plafond et pas aux cols de ces messieurs du "On-Trade" vinicole. La plupart sont de véritables institutions car elles étaient en premier lieu des fêtes de village où on venait canailler entre amis à grands coups de verre. "La fête du vin" a avant tout une attache religieuse car on remercie les saints-patrons pour leurs protections. La plus célèbre reste la "Saint Vincent tournante" en Bourgogne qui consiste en une série de manifestations dans les grands villages bourguignons au coeur de l'hiver. Dans le jura, à cette période, on fête la "Percée du Vin Jaune". Petit rappel, le Vin Jaune est ce vin issu du cépage Savagnin qui est éduqué en barrique "sous un voile levurien" pendant plus de six ans sans aucune intervention. Au terme de cette période, le vin a réduit naturellement dans la barrique et a acquis des parfums de rancio et d'épices douces.Les vignerons procèdent alors à la "percée" du contenant pour la mise en bouteille. Cette patience mérite bien une fête. Ces dernières années, forte de la hype jurassienne, elle affiche "sold out". Ces "kermesses envinées" sont légion et elles participent à la promotion du vin dans toutes les régions et dans tous les pays. 

Dans le cadre des rencontres entre professionnels, On constate un réel engouement pour les "OFFs" , présentés comme des contre-parties programmées en marge de grands évènements de la vitisphère. Tous les hommes du vin ne peuvent pas ou n'ont tout simplement pas envie de se payer un stand pendant 3 jours sur un grand salon comme Vinexpo, Prowein,Vinisud et autres... Certains prennent l'option de se réunir sur un même stand pour mutualiser les frais entre confrères afin d'être présents. D'autres squattent les stands de leurs distributeurs ou importateurs. Les renégats, eux, ne trouvent pas ou plus leurs places dans ces grandes foires de la "World Wine Company". En effet, ces salons, souvent très formels, sont des carrefours "B2B" importants pour les gros opérateurs. On y croise aussi bien son importateur japonais, le courtier anglais, le critique américain et sa cours ou encore le dandy-sommelier traînant son narcissisme dans les allées du salon* (*: je ne vise personne) . 

Les renégats, lassés de ces grandes messes, se réunissent donc ailleurs, quelques kilomètres plus loin afin de capter tout de même le flux de visiteurs. Je me souviens de cette petite réunion d'insoumis baptisée "la Remise", en 2003 avant Vinisud (Salon des vins méditerranéens - Montpellier). On s'était arrêtés dans ce village gardois où au fond d'un garage (car oui, c'était bien un garage) se trouvaient Eric Pfifferling (L'Anglore), Jean-François Nicq (Les Foulards Rouges), Bruno Duchêne et autres. Ces vignerons, pionniers du mouvement "Nature" en France, sont depuis des super-stars du "Nat' " (sans pour autant se la jouer) et le temps des garages est bien loin pour eux. Les vignerons-nature continuent ,à raison, d'entretenir cet esprit "roots" et "alternatif" et on retrouve les anciens, les convertis et les nouveaux dans ces salons "OFFs". La "Dive" à Saumur (Sylvie Augereau), "Vinnatur" près de Vérone, "R.A.W" à Londres et New York (Isabelle Legeron M.W), ou encore "les Pénitentes" à Angers sont devenus de véritables pèlerinages pour la aficionados du "zéro intrant".

D'autres groupements de vignerons impliqués pour une viticulture plus durable ont également leurs dates sur le calendrier: "Le Grenier Saint Jean" à Angers par l'association "Renaissance des appellations" (Nicolas Joly, Marc Angeli & co), les salons "Demeter" et "Biodyvin" (Olivier Humbrecht) ou encore "Le vin de mes amis" à Montpellier et Paris (Charlotte Sénat). 

Restaurateurs, cavistes, journalistes, dégustateurs avertis et curieux...tout le monde se bouscule pour aller taquiner du verre lors de ces manifestations qui surfent sur la "green line" actuelle et dépassent maintenant en popularité leurs grands frères, les salons internationaux. Ces derniers ont enregistré de très fortes baisses de fréquentation et l'inquiétude a finalement gagné. Si l'objectif est bien-sûr pour ces salons de créer l'évènement, les entreprises en charge de leurs organisations, elles, veulent surtout louer un maximum de stands pro, faire le plein des halls et du chiffre par la même occasion* (*:logique entrepreneuriale). Les visiteurs viennent de leurs côtés munis de leurs invitations offertes par les domaines présents (chaque domaine a un nombre limité d'invitations attribué par l'organisateur). 

Dans un "OFF", le format n'est pas tout à fait le même, on cherche avant tout à réunir des vignerons partageant le même état d'esprit et le même sens de la viticulture. Un concept hybride entre la réunion de copains et le salon professionnel. Les droits de siéger pour les vignerons sont plus modestes, les listes d'attente pour exposer s'allongent et c'est le visiteur qui participe en partie au frais en lâchant un petit billet à l'entrée (et il le fait généralement sans discuter, conscient de ce qu'il attend à l'intérieur). 

Les modèles économiques des "ONs" et "OFFs" sont donc différents et la tendance actuelle penche clairement en faveur de ces derniers. "La guerre des salons n'aura pas lieu" affirmait la RVF  il y a quelques années...et pourtant! Pour contre-attaquer, la plupart des grands salons proposent aujourd'hui des annexes plus sobres dédiées aux vins biologiques ou biodynamiques (ex: La levée de la Loire - Salon des vins de Loire, Angers) rendant l'accès à des vignerons plus modestes. C'est également une invitation à découvrir de nouveaux talents et c'est finalement une excellente alternative à proposer aux visiteurs: un salon et deux offres....une salle et deux ambiances.

Allez...Prenons ensemble la route de quelques uns de ces salons pour chasser le spleen de janvier et surtout en savoir un peu plus sur les millésimes à venir dans vos verres.  

VERRETICALE 2018

Line Up:

Marché des Vins d'Ampuis - du 19 au 22 Janvier à Ampuis (69):           60 vignerons et maisons de négoce, et plus de 200 vins des Appellations Côte-Rôtie, Condrieu, Saint-Joseph, Cornas, Hermitage, Saint-Péray et Crozes-Hermitage

Les Vins de mes amis - 28 et 29 Janvier à Castelnau le Lez (34):       Réunion d'un groupe d'amis vignerons pour une dégustation destinée aux professionnels

Millésime Bio - du 29 au 31 Janvier à Montpellier (34):                 Le mondial du vin biologique

Le Salon Saint Jean- 3 et 4 février à Angers (49):                     Salon organisé par "Renaissance des Appellations", association de vignerons en biodynamie

La Dive Bouteille - 4 et 5 février à Saumur (49):                       Dégustation "à la bougie" de vins biologiques, biodynamiques et surtout natures

Le Salon des vins de Loire  - 5 et 6 février à Angers (49):             Salon professionnel, 300 vignerons et 8000 acheteurs français et internationaux attendus

La levée de Loire - 5 et 6 février à Angers (49):                       L'annexe bio du Salon des Vins de Loire organisé par Demeter

 

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