VERRETICALE 2018 – #2: « Ampuis c’est tout »

VERRETICALE 2018 – #2: « Ampuis c’est tout »

Jour 1:
Des trombes d'eau arrosent les rues lyonnaises, comme autant de larmes coulant sur les joues de ses habitants qui viennent d'apprendre le décès du pape de la gastronomie française. La nouvelle venait tout juste de tomber: Paul Bocuse est décédé dans son sommeil, non loin des fourneaux de son célèbre restaurant de Collonges. L'empereur est mort...Vive l'empereur! Le soir-même, nous nous abritons dans un bouchon de la Croix Rousse pour célébrer le grand chef autour d'un dîner gargantuesque, une grande bouffe entre potes, un festival de belles bouteilles dégustées à l'aveugle. Pas vraiment la meilleure manière de préparer la journée du lendemain au marché des vins d'Ampuis mais qu'importe...la sobriété repassera car l'instant fut trop bon.
Jour 2:
Inventaire des forces en présence, les esprits sont certes fatigués par les excès de la veille mais les amis sont joyeux et souriants à l'idée d'aller jouer du verre dans la salle des sports d'Ampuis, théâtre de la 90ème foire aux vins. Nous sortons de l'A7 pour rejoindre la petite départementale menant au pied des majestueux coteaux de la Côte Rôtie. C'est dimanche et il y a foule sur les trottoirs de la petite cité rhodanienne. Le marché des vins est une date majeure dans le calendrier des locaux mais aussi des voisins lyonnais. Depuis des décennies, on vient y déguster les nouveaux millésimes, serrer des mains et bien évidemment remplir le coffre de sa voiture, par la même occasion, sa cave. Les habitués viennent munis de leur petits diables repliables pour empiler les cartons et déambuler plus facilement dans les allées du marché. Malgré le succès grandissant des vins du nord de la vallée du Rhône et la côte énorme dont certains vignerons bénéficient auprès de la critique mondiale, cet évènement a su conserver son esprit populaire et sympathique. 

Nous commençons la dégustation par les blancs sur les différents stands. Le millésime 2016 a été marqué par un hiver particulièrement doux et un printemps pluvieux qui a rempli généreusement les nappes. Des réserves bienvenues pour la vigne car la saison estivale fut, comme partout en France, particulièrement torride. À l'heure des premières vendanges, à l'exception d'une partie de l'Hermitage et certains vignobles de Cornas touchés par la grêle, les prévisions étaient extrêmement optimistes pour la qualité du millésime en blanc. À travers nos différentes dégustations, nous en avons eu la confirmation. Les viognier de Condrieu sont parfumés à souhait et superbement équilibrés, sans tomber dans la lourdeur et l'exubérance "Rococo" du millésime solaire. Gangloff, Gérin, Chèze, Montez et autres présentent de très jolies cuvées qui viendront ravir les amateurs de "chaillées". Plus au sud, on salue la qualité des Saint Joseph blancs et des Saint Péray, avec une mention spéciale pour Stéphane Robert (Domaine du Tunnel) et le domaine Alain Voge. 

Peu après 14h, il fallait croire que notre festin de la veille était déjà bien loin car nous prîmes la direction des stands de restauration pour avaler,sous un doux crachin, quelques Marennes, des escargots de Condrieu et une assiette de ravioles isèroises. 

Une pause salutaire avant d'aborder la piste rouge et les énormes attentes autour de ce millésime 2015. Une saison chaude de A à Z et un épilogue heureux avec une vendange de très grande maturité et des quantités généreuses qu'il aura fallu tout de même maîtriser. Un millésime réjouissant faisant suite à 2014 qui avait été hostile pour les vignerons du Rhône-nord. 2015 offre de très belles syrah, il y a de la couleur, de la densité, un fruité et des tanins remarquables et juste qui ne tombent pas le "too much" et le confit. On a aimé déguster les vins de Jasmin qui présentait pour la première fois une nouvelle cuvée issue des meilleurs lots. La "Sereine Noire" et la "Barbarine" d'Yves Gangloff brillent par leurs justesses et leurs trames soyeuses...mais cela n'étonnera personne. Stéphane Montez fait un véritable hold-up  sur les rouges avec une mention spéciale pour sa cuvée fétiche: la "Papy" en Saint Joseph. Il faudra se montrer patient pour apprécier les Cornas d'Alain Voge mais le potentiel est là. Les fils Gérin, Clusel, Cuilleron assurent avec brio la relève de leurs glorieux paternels. 

Peu après 17h, les dents rougies par les anthocyanes de ces grands vins, nous refermons, heureux, ce chapitre sans oublier de faire également notre petit "shopping" pour fournir nos caves respectives. Évidemment les prix continuent de s'envoler sur ces différentes appellations. Il paraît bien loin le temps des "p'tits vins du Rhône". Si certains prix paraissent justifiés au vu de la qualité des vins et du travail réalisé, il faut tout de même avouer que quelques domaines n'hésitent pas à gonfler les prix sur des premières cuvées. Attention, à ce jeu-là car de célèbres vignobles français se sont brûlés les ailes et ont vu leurs clientèles leur tourner le dos...on connaît l'histoire.

Retour à Lyon en soirée, la pluie s'est arrêtée finalement...nous fonçons alors dans les rues du 1er pour célébrer Monsieur Paul dans une belle brasserie lyonnaise. Il faut l'avouer: il y a des deuils plus difficiles à supporter. Merci et adieu Grand Chef!

 

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