Tapis Rouge

Tapis Rouge

Cannes, Ah Cannes…le festival de Cannes…le raout de cinéphiles champagnisés et botoxés vient donc de distribuer les palmes et de renvoyer son célèbre tapis rouge au pressing. L’occasion est donc trop bonne, trop belle, pour évoquer la place du vin et des verres au cinéma.
En effet, quand il n’est pas simplement là pour arroser les soirées exclusives de la société cannoise, le vin fait très souvent son apparition à l’écran. En France, on pourrait certes mieux faire, mais un dispositif légal mis en place en Janvier 1991 empêche toujours la mise en valeur de la plus belle noble des boissons à l’écran* (* : dispositif assoupli en 2016 qu’on ne citera d’ailleurs pas dans cet article).

Le Vin et le Verre ou plutôt le Vin dans le Verre apparaît dans de nombreux films et pour différentes raisons. Reste à la justesse des acteurs, au décor, à la lumière, au scénario, à la mise en scène, à la réa’ et enfin au montage de le mettre en valeur afin de ravir la goule des spectateurs cinéphiles. Nous avons tous bu au moins une fois les mots de Louis de Funès dans cette scène culte de "L’Aile ou la Cuisse" (1976) de Claude Zidi…finalement quoi de mieux pour introduire le sujet et le verser avec grâce sur cette page...

https://www.youtube.com/watch?v=c073yNMpPpw

Petit détail soulevant une petite remarque: Zidi aurait pu tout de même demander une rallonge à la prod’ pour acheter un véritable Léoville Las Cases 1953. Le Vin dans le verre de Duchemin (le personnage joué par de Funès) évoque plus un gamay dilué que la noble sève du Saint Julien classé. Deplus, dans son analyse, de Funès évoque un coteau exposition sud-ouest (???) N’y avait il pas en 1976 de potentiels consultants pour appuyer le travail d’écriture des scénaristes? À Saint Julien dans le Médoc, en 1953 comme en 1976, il n’y avait pas de coteau. Pourquoi ? Parce que justement, nous sommes dans le Médoc et que le Médoc est plat. On parle donc de parcelle pas de coteau. La prestation de de Funès éclipse facilement ces petites détails de chipoteur. Car dans cette scène l’homme aux 140 films adopte un style maîtrisé, droit, précis. Une allure face au verre très professionnelle et un phrasé très élégant. Funès enlève son costume de gendarme pour ne pas tomber dans la surenchère de "Cruchot" comme il l’a trop souvent fait (ou on lui l’a trop souvent demandé). Quand il dit « Le vin, c’est la terre » ou encore « le vin, c’est le soleil » ,c’est le jardinier écolo de province qui parle pas le gendarme de Saint Tropez (Louis de Funès était un passionné de jardinage et il avait un savoir anticipé sur les cultures biologiques). 

Reconnaissance et promotion assurée pour le grand vin de Léoville (comme inscrit sur l’étiquette). On appelle ça le « placement de produit ». Pourquoi Léoville et pas Latour ou Mouton ? Pour cela, il faudrait poser le question à Monsieur Zidi et j'ai perdu son 06. Aujourd’hui, les grands opérateurs se battent pour apparaître à l’écran. Dans la catégorie blockbuster injecté de marques et produits, le meilleur "performer" reste le plus célèbre agent secret britannique au service de la reine. À chaque nouveau « Bond », la production lance de gigantesques appels d’offre auprès de la World Company pour les futures apparitions de marques à l’écran. Les films de James Bond sont de véritables œuvres publicitaires et tous les domaines sont concernés. Celui qui nous intéresse n’y échappe pas. Taittinger et Dom Pérignon ont souvent régalé les scènes glamour des premiers 007 mais le leader dans ce domaine reste Bollinger qui apparaît dans 15 films de la saga culte. Autant vous dire que James ne s’encanaille pas quand le serveur arrive à table pour prendre la commande : « La Grande Année » ou encore le rarissime « R.D » (Cuvée millésimée de la maison de Ay dégorgée avant sa mise sur le marché). Et oui, les bulles comme les diamants sont éternelles et on ne vit qu’une fois…pourquoi alors se gêner? Sur ses RTT, James cultive l’hédonisme à outrance avec femmes et bouteilles comme principaux hobbies. En 2006, Château Angélus (Saint Émilion Grand Cru Classé A) réalise le plus beau des « Branded Integration Deal » en plaçant son 1982 dans « Casino Royale » entre Daniel Craig et Eva Green à bord d’un wagon restaurant en direction du Montenegro.

https://www.youtube.com/watch?v=QHoc6Ut_cuQ

Neuf ans plus tard, dans « Spectre », James s’offrira un autre Angélus, un 2005, toujours dans un train, avec Léa Seydoux. 1982 ou 2005, La brune ou la blonde…what else Mister Bond ? Une bouteille de Malesan 2013 dans le RER B avec Josiane Balasko ?
Quoi de mieux finalement de mettre en scène la dive bouteille dans son environnement natal : le vignoble. Quoi de plus beau que les travellings aériens au dessus des vignes, les atmosphères de vendanges, les parfums des cuves et des caves pour magnifier une histoire. Au centre de ces histoires, il y a très souvent la famille et la notion d’héritage dans toutes ses significations. De riches sujets qui peuvent venir nourrir un scénario. En écrivant ces lignes, je pense à l’histoire de Georges Vernay qui est décédé à l’âge vénérable de 92ans la semaine dernière. Il laisse derrière lui une magnifique page de vie. Cet homme a fait renaître un vignoble dans les années 80. Et pas des moindres, et pas le plus facile à arpenter : les « Chaillées de l’enfer » de Condrieu (Rhône). Fort de sa réussite et ne pouvant plus assumer seul le travail dans les difficiles coteaux rhodaniens, il a rappelé dans les années 90 Christine, sa fille, qui était alors professeur de l’éducation nationale pour travailler à ses côtés. Lisez plutôt cette puissante histoire de famille sur le lien ci-joint (lemonde.fr). Une histoire qui pourrait parfaitement alimenter un film avec comme thèmes principaux : la relation « père+fille », la transmission et la (parfois) difficile étape de la succession.

Le cinéma français offre quelques exemples de films traitant de ces sujets. On pense à « Tu seras mon fils » (2011) de Gilles Legrand avec Niels Arestrup, Lorànt Deutsch et Patrick Chesnais entre autres. Plus récemment, « Premiers Crus » (2015) de Jerome Le Maire avec Gérard Lanvin et Jalil Lespert. Dans les deux cas, pas vraiment des chefs d’œuvre intemporels de la cinémathèque française, mais on retiendra les jolies cartes postales du vignoble Bordelais et Bourguignon. En Bourgogne toujours, il faudra peut être voir le nouveau Cédric Klapisch, qui plante l’auberge et le décor dans un domaine familial de la région. Les filles étudieront alors attentivement le jeu d’acteur de Pio Marmaï et son fessier par la même occasion (N’est ce pas les gonz’s ?). Jean Marc Roulot, l’immense vigneron de Meursault, s’est glissé dans le casting…on regardera ça attentivement...un film à « boire » bientôt au ciné proche de chez vous.

https://www.youtube.com/watch?v=fQZfFB0IecY&t=4s

Si on oublie les fictions inspirées de faits réels, on trouve au rayon DVD, beaucoup de films documentaires au sujet du vin. Attention, sujet délicat à traiter. Les parti-pris s’exposent souvent à la riposte des antis. Jonathan Nossiter avec son docu « Mondovino » (2004) en a fait l’expérience suite à sa présentation. Son film présenté à Cannes la même année traite de la mondialisation de l’industrie vinicole. Il y a eu les polémiques autour d’Aimé Guibert (le propriétaire du Mas de Daumas Gassac disparu l’an dernier), son signal d’alarme : « Le Vin est mort » (message sympa pour ceux qui se battent encore aujourd'hui pour faire du bon vin) et sa lutte victorieuse contre le projet d’installation des Mondavi sur les terres d’Aniane, son village héraultais. On y découvre aussi l’idylle entre Robert Parker (dégustateur, journaliste, critique, ex-monsieur météo « pluie et beau temps » sur le marché mondial du vin) et Michel Rolland (flying winemaker, homme d’affaires et micro-bulleur en série). Nossiter et Rolland ne partage depuis plus de verres ensemble. Le dernier accusant le premier d’avoir détourné son image à travers le film en le faisant passer pour un arrogant goldenboy de l’œnologie moderne. Désolé, Michel…avoue le, tu flambes un peu quand même à l’écran, assis à l’arrière de ta berline avec chauffeur privé. Ton succès, tes vino-dollars, personne n’a vraiment le droit d’en juger. Libre à chacun d’acheter, de stocker, d’ouvrir et de boire les vins issus de ton consulting occasionnel.
CQFR (retenir) de Mondovino, outre les mots d'Hubert de Montille (Volnay - 21) c’est sûrement la touchante apparition à l’écran de la veuve de Jurançon, la souriante propriétaire du Domaine de Souch, Madame Yvonne : Yvonne Hegoburu. Elle nous raconte l’histoire émouvante du rêve avorté de son défunt mari. Dans les années 60, le couple achète des terres vinicoles abandonnées à Jurançon. Monsieur Hegoburu décède en 1985, laissant ainsi le projet en cours. Yvonne se battra toute sa vie pour poursuivre le rêve de son mari. Elle introduira la biodynamie et chassera tous les vautours de sa propriété. Vue à la Dive cette année, dans les caves Saumuroises lors du salon bio de Sylvie Augereau, Yvonne est aujourd’hui une femme vieillie et fatiguée. Elle conserve cependant sa légendaire gentillesse, sa douceur et son sympathique sourire qui marquent les esprits comme l’éclat cristallin de ses vins dans nos palais : We love Yvonne !!!

https://www.youtube.com/watch?v=tW4TtYPJYIc

Oublions les « pauletmickeys », Mondovino a clairement ouvert la voie à d’autres films-documentaires de ce genre. Nossiter a récidivé en 2014 avec son hommage sans sulfite au Vin Nature avec « Résistance Naturelle ». Le cinéma amateur remplit le verre aussi. Beaucoup de vignerons ont dorénavant leurs petits docus « maison » filmés par le copain pas maladroit avec sa caméra HDV. Des réussites inégales très souvent. Ce genre cinématographique a même son « petit Cannes » annuel avec son festival itinérant: Oenovidéo. Nul doute que le bon vin et les beaux verres doivent venir inonder les entractes entre deux présentations de films…et que la soirée de remise des prix doit être aussi arrosée que la ville de Brest au mois de novembre*. (*:Pourquoi encore et toujours la Bretagne ? Réponse : parce qu’on l’aime fort !)
Tout cela nous amène vers le sujet de fond et d’investigation le plus poussé de cette page, la question la plus urgente : Comment et pourquoi le verre gagne t’il au cinéma? Laissons « Kaiser » Gabin et Bebel « El Magnifico », dans cet extrait d’ « Un singe en hiver » (Henri Verneuil – 1962) nous en glisser un indice :

https://www.youtube.com/watch?v=urHx4qVuV5o

Car, oui, on lève le verre au cinéma pour célébrer le goût du vin et porter des toasts. Puisse t’il être comme les mauvaises picrates qui coulaient dans les tavernes d’ouvriers dans les années 60. Ou bien alors tellement bon et jouissif, à faire chavirer les corps et les comptes épargne des heureux dégustateurs. Le vin à l’écran célèbre les joies, les victoires, l’amitié et l’amour. Après plusieurs verres, il sponsorise l’ivresse joyeuse, l’humour potache et parfois la déchéance de certains personnages. Oui, mes amis lecteurs, on parle bien de celle qui nous a tous emportés un jour ou l’autre : la cuite !!!

L’ivresse est plus belle et elle apporte plus de matière aux conversations quand elle se consolide au bon vin. Nombreux réalisateurs le savent et l’ont portée à l’écran. Comme dans le film « Saint Amour » signé par la paire grolandaise Kervern+Delépine avec cette scène d’ « épaulé – jeté » formée par le duo de dégustateurs « Serial Gagneurs » Kervern+Poolvoerde.

Un film où s’illustre d’ailleurs le plus hédoniste et enviné des acteurs français, on parle bien-sûr du Cassius Marcellus Clay du big blend Cabernet+Merlot, du Cyrano des côtes de Bergerac, d’un nez poids lourd et rougi par des heures de dégustation ligérienne avec Jean Carmet…on parle bien sûr de Gégé "Evander" Depardieu !!!

https://www.youtube.com/watch?v=GEmOM-kly4Q

Le vin à l’écran célèbre la gauloiserie pétillante. Il aura toujours une place de choix au cinéma. Et pour entretenir notre légendaire chauvinisme, je dirais qu’on n’a pas trouvé meilleurs ambassadeurs pour le célébrer dans les cahiers du cinéma que nos réalisateurs français …n’en déplaise aux cons (qui font les lois).

https://www.youtube.com/watch?v=uWCyKR0OnpU

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