2020, L’Odyssée du Verre

2020, L’Odyssée du Verre

Que va t’il se passer dans le « World of Wines » durant ces dix prochaines années? Menaces, opportunités, tendances, futurs « must be » et big flops! Que faudra t’il acheter absolument, déguster sans retenue ou bien cracher dans l’évier?…À lire ci-dessous dix interprétations et anticipations traitant de la place du vin dans la société des années ’20…La vérité sera t’elle vraiment au fond du verre?

Chaud devant

C’est le « topic » le plus brûlant du moment: la Terre se réchauffe, les pôles fondent comme Haagen-Dazs au soleil, les Maldives vont disparaître privant ainsi le gotha de la planète (Jeff, Bernard and co) de leurs luxueuses vacances sur pilotis. Plus sérieusement, c’est assez flippant et ce n’est pas le énième épisode de la roboCOP qui changera les choses! Les conséquences directes pour la production de vins se font déjà sentir. Selon les chiffres de l’OIV (Organisation Internationale de la Vigne et du Vin), le millésime 2019, à l’échelle mondiale, a enregistré une nette baisse du volume de production. Les vignes stressent, les raisins, à peine mûrs, brûlent au soleil et les degrés d’alcool acquis, eux, montent en flèche. Les agronomes et les ampélographes sont déjà à la tâche afin de créer de nouveaux cépages résistants à cette nouvelle donne climatique. Les bretons, les anglais, mais aussi, les belges et les néerlandais se retroussent les manches et plantent à leurs tours de plus en plus vignes dans leurs jardins respectifs. Fort à croire qu’à partir de 2020, le leitmotiv sera plus que jamais « cool climate » et qu’à l’aube de la fin de cette nouvelle décennie, vous dégusterez du gris de Groix sur les plages du sud Bretagne.

Vert pâle

À force de nous lessiver le cerveau et l’estomac avec du « bio low-cost », du « nature de supermarché » et des nouvelles marques avant tout intéressées par le bio pour la photo et l’article de presse, un scandale du bio va forcément finir par éclater! Que l’on parle d’agriculture ou de viticulture, on ne compte plus les initiatives purement opportunistes. Ces producteurs, se déguisant en super héros pour surfer la vague et la tendance, pas seulement parce que c’est dans l’air du temps d’être écolo mais surtout parce que ça peut rapporter gros. Quelle surprise, ceux qui ont pourri nos terres pendant des décennies se sont découverts, ces dernières années, une soudaine fibre écologique. Tellement soudaine qu’il a fallu rapidement l’apposer sur l’étiquette et la clamer haut et fort sur les réseaux sociaux. Alors, oui, c’est toujours mieux que de rester couché sur les codes et les vieilles et mauvaises habitudes du conventionnel, mais qu’en est il vraiment de la sincérité autour de ces changements? Le « Bio » doit retrouver un sens, le cahier des charges doit être réécrit, moins de paroles et plus d’actes forts pour que la révolution soit vraiment verte. Fort à parier que si un scandale du bio venait à éclater, les producteurs de vins natures (les vrais, les authentiques) auraient alors une véritable opportunité pour asseoir leurs convictions et pour séduire un plus large public.

Futurs vraqueurs

Mis en bouteille à la propriété, au château, à la main, à la chèvre à deux becs, à la bougie, les jours fruits, les nuits fraîches etc…ok, mais si c’était vous, ces prochaines années qui mettiez votre vin en bouteille? Vous l’avez évidemment remarqué: le vrac, le sans emballage, les sacs réutilisables et autres substituts se sont durablement (ré)installés dans nos habitudes de consommation. C’est une bonne chose, cela sollicite un peu plus le chaland mais au final tout le monde s’y retrouve. Concernant le commerce du vin, il existe en France quelques initiatives louables de vente de vin en vrac. Si le concept est fun, la chaîne d’approvisionnement n’est hélas pas tout à fait au point. En effet dans la plupart des cas, les petits cuviers inox de ces cavistes d’un nouveau genre sont remplis à l’aide de bag in box, générant ainsi tout autant de déchets plastiques…forcément là, c’est un peu moins poétique et surtout moins étique que ce qu’on veut faire croire à ceux qui aiment remplir leurs « petits litron de rouge » dans leurs bouteilles consignées. C’est un premier pas, n’y voyons pas une mauvaise chose, disons juste que c’est à l’industrie vinicole « du vrac »: les vraqueurs, de prendre leurs responsabilités, d’investir et de proposer enfin de nouvelles solutions à leurs distributeurs…à suivre.

Vivino vs Sommelier

(Voilà un sujet qui me touche, forcément!) – Le monde du vin se digitalise et va continuer de le faire durant les prochaines années. On ne compte plus les applications, les services 2.0, les outils dédiés à la gestion de nos achats et de nos caves. Vivino est l’application N°1, elle a le plus large catalogue de vins inscrits dans ses données et peut aujourd’hui compter sur une puissante communauté mondiale d’utilisateurs qui alimente quotidiennement ses contenus en « shazamant » les étiquettes ou en rédigeant des commentaires. Vivino et les autres (Cellartracker, Wineadvisor…) sont devenus en quelque sorte de véritables assistants personnels et ils guident dorénavant les amateurs dans leurs choix de vins en boutique, sur le web mais aussi au restaurant. En effet, de plus en plus de restaurateurs s’équipent de tablettes pour présenter leurs sélections de vins. Celles-ci sont souvent reliés à la même base de données que Vivino (Winesearcher) et les clients peuvent ainsi consulter les notes et les commentaires de l’application-star. Les établissements équipés peuvent de cette manière offrir une nouvelle expérience à leurs clientèles. Ces dispositifs peuvent également être mis en place pour pallier les difficultés de recrutement de personnel de salle et notamment de sommeliers. Le métier est il vraiment en danger? Peut-être mais on peut se rassurer en pensant qu’il y aura toujours des clients préférant entretenir le lien fort et le relationnel avec les sommeliers. De leurs cotés, ces derniers doivent accepter l’existence de ces nouveaux outils, savoir les utiliser et surtout développer un plus large volume de connaissances, un sens pertinent du conseil, une vraie personnalité et moins de rigidité dans les échanges…Bref se moderniser au risque de quoi…eux aussi, un jour, ils pourraient finir en cave, dans l’ombre et l’oubli.

Nouvelles stars

À l’avenir, beaucoup de vignobles font faire leur mue, c’est une évidence! Si la « place bordelaise » ne vend plus comme par le passé, la région et son interprofession vont devoir consentir à réduire la voilure pour retrouver la forme. Les campagnes d’arrachage ont montré par le passé qu’elles pouvaient avoir un impact bénéfique sur la santé d’un vignoble. Les exemples sont nombreux: le vignoble du Beaujolais, du Muscadet, de Saint Joseph entre autres ont accepté cette difficile saignée et ont retrouvé aujourd’hui une bien meilleure image auprès des consommateurs. Ces prochaines années, de nouveaux vignobles, de nouvelles appellations et de nouveaux territoires plantés vont faire leurs apparitions. La ruée vers l’or, il faudra l’attendre notamment à Seyssuel en Isère, promis comme étant le futur joyau du nord de la vallée du Rhône. Seyssuel devrait d’ailleurs être prochainement promu en Appellation d’Origine. En France, il faudra suivre de près les vignobles de piémont comme la Savoie, le nord de l’Auvergne, le sud du Jura. Plus loin, on regardera le berceau du monde vinicole, l’Arménie et la Géorgie, comme un véritable eldorado. En Amérique du sud, il faudra suivre attentivement et jeter son verre en direction des vins provenant de la Patagonie chilienne et argentine. Ces vignobles cités comme beaucoup d’autres encore, peut être les nouvelles stars des années ’20?

Bourgogne Bashing

Pour la très belle variété de vins proposés à travers la région, le charme de ses paysages, la riche et passionnante histoire des côtes et des clochers, la qualité de l’accueil, la gastronomie, la flopée de grands vignerons, de négociants historiques, de jeunes loups prenant la relève de leurs anciens…pour cela et bien plus encore, nous aimons la Bourgogne! Attention cependant, la région qui repose sur de très solides fondations, des relations de confiance et un business plutôt florissant (cela depuis des siècles et siècles) ne devrait pas continuer à céder aux sirènes de l’inflation et des prix dopés par les puissants marchés extérieurs, l’Asie en tête. Les récoltes ont été certes diminuées par des millésimes appauvris par le gel et les orages. Des aléas qui ont obligé les producteurs à consentir de fortes augmentations sur leurs tarifs. Conséquence directe: les amateurs doivent maintenant réfléchir à deux fois avant de commander au restaurant ou ailleurs les belles étiquettes des célèbres climats bourguignons. Il y a certes des jolies alternatives sur les côtes, les hautes-côtes, dans le nord et le sud de la région, mais même sur ces secteurs les prix flambent. Les oenophiles ne sont pas dupes, et certains, vexés, commencent sérieusement à regarder ailleurs. Les très bons chardonnays et pinot noirs ne sont pas le monopole de la Bourgogne et on trouve aujourd’hui de magnifiques expressions de ces cépages en France mais aussi dans d’autres pays producteurs. De son côté Bordeaux n’a pas le monopole du bashing et la Bourgogne devrait grandement y songer, au risque de plonger aussi à son tour.

Adieu mon Guide

Michel Bettane & Thierry Desseauve » l’ont récemment annoncée: la parution annuelle de leur guide éponyme dans sa version imprimée ne verra plus le jour en 2021. Déjà évoqué dans cet article, le monde du vin se digitalise et c’est ce courant que les deux experts et leur rédaction veulent dorénavant privilégier. Fort à croire que les autres (Hachette, RVF…) vont certainement considérer cette option durant les prochaines années. Le guide des meilleurs vins de France de la RVF (Revue du Vin de France) est certes né d’un fantastique travail de sourcing, de dégustation et de rédaction mais les quelques 35000 ventes annuelles du guide dans sa version papier* (*: chiffre annoncé en 2016) sont sûrement insuffisantes pour amortir les frais et les honoraires des nombreux dégustateurs embauchés pour ce travail. Ils sont déjà nombreux, les guides, à avoir raccroché, découragés par la baisse continuelle des ventes (Fleurus, Dussert-Gerber, Gault & Millau…). Par contre, ces dernières années, on a vu sortir en librairie (et sur Amazon) un nombre florissant de « one shot ». Pour la plupart des guides dédiés à la hype des vins natures mais qui n’ont pas, pour la grande majorité, vocation à paraître tous les ans. À l’étranger, le phénomène est similaire et les puissants critiques virent tous « au tout digital » en proposant dorénavant des offres globales intégrant une application, des accès aux notes de dégustation et aux côtes, des vidéos et des offres exclusives pour les abonnés…Assurément, les plus sentimentaux et les plus littéraires n’ont pas fini de pleurer leurs guides préférés.

Winestagram Overdose

Pendant que les guides raccrochent, les « winefluencers », eux, se la pètent grave sur la toile et sur les fils de nos réseaux sociaux favoris (ou pas). C’est la nouvelle manière de communiquer et de nombreux domaines et vignerons ne s’y trompent pas en arrosant de « like », de bouteilles offertes et de contrats juteux ces accros du selfie et du hashtag. Attirés par l’appât du gain, des milliers d’oenophiles s’y essayent en cumulant les photos de bouteilles, d’étiquettes, les mises en situation et les commentaires plus ou moins drôles et pertinents sur leurs profils. Ils s’y essayent dans l’espoir de devenir un jour, à leurs tours, les nouveaux « pure players ». Finalement, on peut constater que peu, très peu, décrochent le graal sur « …Gram »! Qu’on se le dise, il faudra continuer à dealer avec ces influencers dans le futur. Il y a fort à croire que les réseaux sociaux, eux, vont continuer à évoluer pour pérenniser confortablement les affaires de ces derniers au coeur de nos fils d’actualité et de photos. Reste aux utilisateurs de savoir faire une utilisation raisonnable de ces applications, de suivre les comptes et les profils les plus ludiques et inventifs et de laisser de côté les profils les plus opportunistes et narcissiques. C’est la triste dérive des réseaux sociaux et le monde du vin n’y échappe pas: suivre ou ne plus suivre, telle est la question?

Oenophobia

« Oenophobia »: c’est le terme traduisant ce nouveau phénomène qu’est le désintéressement de la génération « Millennial » à l’égard du vin. Les sociologues s’étaient déjà penchés sur le sujet en étudiant les comportements consuméristes des générations précédentes. En deux mots, ils en avaient déduit que les jeunes (18/25) privilégiaient d’autres alcools et que le vin était souvent assimilé à une boisson réservée aux adultes. C’est seulement en vieillissant, grâce notamment à leurs nouvelles habitudes et à l’augmentation de leurs pouvoirs d’achat que ces jeunes adultes se tournent vers le vin. Les « Millennials » présentent des profils différents tournés vers la retenue et l’abstinence. Sans en faire pour autant un reproche, juste un constat, les petits potes de Greta ne mangent plus de viande, lisent beaucoup moins, ne font plus l’amour, sortent moins et par conséquent, boivent moins d’alcool, voire plus du tout. Des comportements presque hygiénistes qui traduisent peut-être les maux et les angoisses de notre époque. L’industrie vinicole, elle, s’organise pour proposer à cette génération et aux prochaines un marketing et des produits plus proches de leurs codes. Vin en canette, allégé en alcool, coloré en bleu, vegan…les propositions sont nombreuses et pas toujours séduisantes, avouons le.

Big up Donald et Boris

Une note positive pour terminer et clairement dédiée aux consommateurs, oenophiles, collectionneurs, buveurs d’étiquettes, hédonistes-épicuriens, clients de l’apéro « rouge+saucisson »…français. Il est fort probable que l’augmentation des taxes d’importation sur les vins français à leurs entrées aux États-Unis (en réponse à la Taxe Gafa imposée par le gouvernement français) et les futurs accords commerciaux « post-Brexit » entre la France et le Royaume-Uni entraînent une baisse des exportations de vins français vers ces deux pays. Les marchés US et UK pèsent lourd dans la balance et les producteurs et les négociants français risquent de grincer des dents ces prochaines années en voyant, impuissants, leurs commandes à l’export diminuer. En riposte, ils vont devoir se concentrer vers d’autres marchés (européen, asiatique, scandinave…) mais aussi allouer des quantités un peu plus généreuses à leurs clients-distributeurs français. En déduction, dans un futur proche, les petites pépites et les vins trop rares normalement accordés en quantités confortables outre-manche et outre-atlantique pourraient être plus facilement accessibles pour les amateurs français…Voyons ici, certes de manière un peu égoïste, une nouvelle plutôt réjouissante pour aborder cette nouvelle décennie.

Janvier 2020

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