5 bonnes raisons de ne pas bouder le Beaujolais Nouveau cette année

5 bonnes raisons de ne pas bouder le Beaujolais Nouveau cette année

1 – Dire adieu (ou presque) au goût de banane et de bonbon anglais: retour au vrai et à l’authentique goût de raisin

Oui, il faut le reconnaître, depuis quelques années déjà, les producteurs du Beaujolais ont fait un véritable rétropédalage pour remettre leurs « Nouveaux » en piste ! Les excès de technologie levurienne et le goût standardisé et marketé du « produit » ont finalement lassé les aficionados français et internationaux. Dans les années 90 et au début des années 2000, on s’amusait encore à se demander si cette année le Beaujolais serait plus sur des goûts de fraise, de banane, de framboise, de cerise…bref de « Paniers de fruits de Yoplait » !!! Car, oui, produit en quantité industrielle, le vin nouveau est un vin technologique issu de la fameuse « fermentation carbonique ». Petit rappel utile : la fermentation carbonique est une méthode de vinification en grappes entières non foulées, déposées dans une cuve close inox saturée en gaz carbonique. Il s’en suit une fermentation dite « intracellulaire » : la fermentation conduite à haute température (25° à 32°) s’amorce alors à l’intérieur des baies. Ces dernières, sous pression, finissent par éclater, libérant ainsi un jus aux arômes intensément fruités. On peut utiliser cette technique comme base initiale de vinification qui sera ensuite assemblée à des jus fermentés issus de macérations plus longues pour réaliser des vins dits « de garde ». Seule, on la réserve aux vins primeurs.

Le renouveau du Beaujolais Nouveau est en partie dû à l’abandon total ou partiel des levures œnologiques habituellement inscrites au protocole de vinification. Mais aussi à l’utilisation modérée de soufre. Le « zéro soufre ajouté » est envisageable mais uniquement dans une année de vendanges ultra-saines car les bactéries peuvent rapidement se développer dans un tel milieu. Certains vignerons ajoutent seulement du soufre en petites quantités et à la mise en bouteille pour les lots dédiés aux marchés export, cela permet au vin de mieux voyager (méthode vantée par le regretté Marcel Lapierre, vigneron à Morgon).

Tout est une question de modération finalement, un peu comme toi, jeudi soir 😉 !!!

2- Échapper à la sinistrose du mois de Novembre, quitter ton plaid et aller ripailler entre amis

Sauf si ton addiction à Netflix t’a finalement rendu complètement insociable et que tu as dorénavant peur de sortir de chez toi après 19h,  tu pourras faire de ce jeudi soir, un petit instant de fête, de partage et de sourire.

Car, oui, il faut l’avouer : en novembre, le ciel est gris, les températures tombent comme les feuilles des arbres, ton nez coule sans cesse et tu finis par avoir une collection de kleenex décrépits au fond des poches. Heureusement pour toi, tu as peut être déjà coché ce fameux troisième jeudi du mois sur ton calendrier et tu sais déjà que ce jeudi : « Le Gamay sera ton produit de beauté !!! » (dixit Alain Chabat, Les Nuls)

Tout au long de l’année, dans le vignoble, on fête le vin. On le festoie pour différentes occasions : les saints patrons ou encore les confréries. On célèbre aussi le vin lors des salons ouverts au grand public ou aux professionnels. Les occasions ne manquent pas mais il faut l’avouer, aucune d’entre elles n’a atteint la popularité acquise par le Beaujolais Nouveau.

Les japonais se jettent, hilares, dans des piscines remplies de Beaujolais, les américains trinquent sur Times Square, les anglais abandonnent, l’espace de quelques verres, leurs traditionnelles « pints of Ale » pour quelques gorgées de « Beauj’ » ! En France, dans notre cher et tendre pays cadenassé par la Loi Évin, il y a au moins ce jour béni où même les médias généralistes se risquent à parler, avec plus ou moins de tact, de la sortie du vin nouveau. Un jour où les cafetiers retrouvent un peu le sourire en voyant  leurs habitués et de nouveaux spécimens de clients trinquer tous ensemble en dévorant des plateaux entiers de rosette de Lyon. Une journée, jusque tard le soir, où une douce ivresse fruitée envahit les quartiers et les maisons, une ivresse très gauloise et finalement  pas si désagréable dans des temps où l’on dit manquer de repères et de symboles.

Alors oui, tu ferais bien de répondre positivement à l’invitation de tes potes pour aller célébrer la sortie du Beaujolais Nouveau. Si tu refuses, c’est que tu es peut-être tout simplement abruti par l’époque. Je te recommande alors d’allumer C8, Hanouna fait une spéciale « XXL » en prime-time, je l’ai lu sur le programme TV.

3 – Boire finalement ton premier vin du millésime « 2019 » : premier d’une (potentielle) longue série

C’est l’aspect le plus romantique pour les amoureux de vin car il représente tout un symbole : découvrir un nouveau millésime. Même si ce vin, par son style facile et fruité (certains diraient « glouglou » car ils ne savent dire que cela) n’offre pas une idée concrète de la valeur d’une saison et d’un millésime, il permet de donner quelques premiers indices sur la qualité de la vendange récoltée chez tel et tel vigneron. À noter que cette remarque est seulement valable pour les vins primeurs issus des domaines qui prônent qualité et terroir, les autres étant des vins un peu trop « maquillés » par l’oenologie moderne.

Pour info, il faut bien faire la différence entre les vins primeurs autorisés à être vendus à la date du troisième jeudi de novembre et la présentation des vins primeurs au début du printemps dans les vignobles bordelais. Cette dernière est réservée à la profession (acheteurs et journalistes). On y présente à cette occasion des vins en cours d’élevage, par conséquent des vins qui ne sont pas prêts pour la commercialisation.

Notre sujet concerne les vins nouveaux popularisés par le Beaujolais. La loi stipule, pour ces derniers, qu’ils ne sont autorisés à la vente qu’à partir de la première heure du troisième jeudi du mois de novembre. Tu vas donc déguster ton premier « 2019 »,  ce n’est pas anodin alors…choisis-le bien.

4 – Parce qu’il y a le Beaujolais Nouveau mais aussi parce qu’il y en a d’autres…

Dans ton supermarché, chez ton épicier de quartier, chez ton caviste, dans les bars et restaurants, il n’y en aura que pour le Beaujolais. La nouvelle campagne de promotion « Nouveau by Beaujolais » a d’ailleurs fleuri un peu partout. Le niveau de cette campagne publicitaire, très colorée et peu inspirée, se situerait entre le travail de groupe d’une classe élémentaire et celui de ton pote graphiste à qui on a vite conseillé une réorientation professionnelle après ses premiers essais. Qu’importe, le Beaujolais trustera encore les verres des français ce jeudi. Pourtant et comme évoqué un peu plus haut, cette date marque la sortie des vins primeurs, par conséquent tous les vins primeurs en appellation d’origine, de toutes les régions et de toutes les couleurs.

Dans les années 90, quand le phénomène « Beaujolais Nouveau » était à son paroxysme, d’autres régions ont décidé à leurs tours d’emboîter le pas et de mettre en avant leurs vins nouveaux. Le cadre légal impose aux vins d’A.O (Appellation d’Origine) la date du troisième jeudi de novembre pour leur sortie officielle. Par contre les vins en I.G.P (Indication Géographique Protégée) ou sans appellation (Vin de France) peuvent être commercialisés à partir du troisième jeudi d’octobre. Notez que leurs sorties respectives restent d’une manière générale très confidentielle et dépassent rarement le cadre du folklore local. Véritablement tous dans l’ombre du Beaujolais Nouveau, Les Touraine, Gaillac ou encore Muscadet primeur. Une autre expérience que tu pourrais entreprendre à l’automne si tu te trouves dans le vignoble, c’est d’aller goûter le « Bourru » ! Par ce nom un peu vulgaire, on désigne le moût de raisins en fermentation que les vignerons tirent directement de la cuve. Trouble, pétillante, peu alcoolisée et encore sucrée, cette boisson n’est pas commercialisée car elle est très instable. Les levures y sont très présentes et travaillent activement à la fermentation des sucres en alcool.

Alors Nouveau, Primeur, Bourru, de France ou d’ailleurs, jeudi, si tu cherches, tu trouveras forcément ton bonheur et ton verre gagnera !!!

5 – Chasser les étiquettes : originales, drôles, colorées et parfois de très mauvais goût

Le Beaujolais nouveau a un père: Georges Duboeuf, négociant-éleveur de Romanèche-Thorins, aujourd’hui âgé de 86ans. Il a été également surnommé «le roi du Beaujolais ». Entrepreneur aguerri, il a su développer au début des années 50, une redoutable machine à produire et à exporter au cœur du Beaujolais vinicole. Très « people », il a réussi à placer ses vins sur les tables des plus grands chefs : Bocuse, Blanc et Troisgros entre autres. Ces derniers sont très vite devenus des « amis-ambassadeurs » et ont exporté les vins signés Duboeuf aux quatre coins du Monde, en même temps que leurs réputations. Dans les années 80/90, quand la « Hype Duboeuf » était à son maximum, le négociant remplissait containers, cargos, et airbus entiers de palettes de vins et en novembre de chaque année, il arrosait la terre entière de « gamay nouveau » de qualité très (très, très) discutable. Avec lui, une nouvelle idée du marketing et de l’étiquetage. Finis les châteaux, les demeures paysannes illustrées sur les bouteilles, bienvenus aux fleurs, aux fruits et à la couleur pétante. Malin, le Lynx (pardon le Bœuf), on ne voyait que lui sur les linéaires des grandes surfaces et il aura raflé la mise jusqu’au début des années 2000 avant d’entamer un lent déclin quand le virage vert et qualitatif  a commencé à doucement s’imposer. Ce marketing novateur aura inspiré bon nombre de ses concurrents directs et on retrouve encore aujourd’hui des étiquettes inspirées de cette époque faste.

L’identité visuelle d’une marque ou d’un domaine est primordiale, on pourrait même se laisser à penser que certains vignerons passent un peu trop de temps à « chiader » des étiquettes plutôt qu’à travailler leurs vins pour qu’ils soient plus accomplis. Il en va de même pour la sortie du Beaujolais Nouveau. Certains préfèrent rester sobres sur l’étiquette, leurs réputations et leurs noms travaillant pour eux. D’autres s’inspirent encore de l’héritage Duboeuf : merci à eux de nous offrir autant de couleurs chaque année durant le gris de novembre. Les nouvelles générations appellent parfois les copains graphistes * (* : ceux à qui on n’a pas conseillé une réorientation professionnelle 😉 ) et profitent de cette occasion pour apposer sur leurs bouteilles des étiquettes souvent drôles, parfois inspirées de l’univers BD, des invitations à faire la fête et à se régaler, pourvu que la promesse soit dans la bouteille, il en va de soit.

Novembre 2019

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