VERRETICALE 2018 – #5: « Le feu de la Saint Jean »

VERRETICALE 2018 – #5: « Le feu de la Saint Jean »

Jour 5
Un peu partout en France, en ce début février, les fleuves et les rivières sortent de leurs lits. À Angers, la Maine ne fait pas figure d'exception et a, elle aussi, généreusement couvert les berges et les promenades de ses rives. Cependant, c'est une autre crue à laquelle nous étions venus assister. Le Salon Saint Jean: une "crue d'exception", une vague submersible de vignerons talentueux tous réunis en ce week-end dans les élégantes salles aménagées de cet ancien hôpital construit au XII siècle. 


Le décor somptueux du « Chant du Monde », tapisserie contemporaine de Jean Lurçat, s'accordait parfaitement avec l'évènement mais ce jour-là, les regards allaient se diriger vers les fonds de verres et les sourires enjoués des vignerons présents. La première salle était trustée par les régionaux: les ligériens. Marc Angeli, vigneron-paysan de Thouarcé (Ferme de la Sansonnière - 49) et co-organisateur du Salon, avait tout de même pris le soin de réserver une allée pour ses amis corses et quelques vignerons provençaux. Nous tombons alors nos vestes, armés de nos verres et carnets, pour aller prendre le large et rejoindre les tables. Premiers échanges et grumages avec les Muscadets de Jo Landron (Domaine Landron) et de Fred Niger (Domaine de l'Écu). Dans deux styles très différents, les vins se distinguent et il faudra suivre attentivement l'arrivée du prochain millésime 2017. Plus loin, nous nous sommes présentés devant la jeune équipe du Clau de Nell, en Anjou. Un domaine qui eu comme bienfaitrice, la regrettée Anne-Claude Leflaive, la grande dame de Puligny-Montrachet, décédée en 2015. Elle aura laissé en Anjou une bien belle empreinte car la biodynamie continue de magnifier les vins de ce petit domaine starifié en une par la Revue du Vin de France, il y a peu. Ne voulant plus quitter le Chenin, nous avons ensuite accosté sur les bords de Loire, à Montlouis en Touraine, pour découvrir les vins de Coralie et Damien Delecheneau du Domaine de la Grange Tiphaine: Remarquables! Hélas, les gels à répétition sont venus perturber les dernières récoltes. Constat amer: peu, voir pas de vin à disposition, si bien-sûr mais quelques étiquettes issues d'achats de raisins hors-propriété. Cette pratique est courante et elle est devenue une alternative logique et indispensable pour les nombreux vignerons touchés. La Loire nous berça encore avec quelques jolis verres avant que les chants corses nous conduisent vers eux. En effet, difficile de résister à des noms comme Canarelli, Abbatucci, Quilichini, Poli et autres...

Pour accéder à l'aile nord du salon, il faut passer par le magnifique cloître. On a pu y poser nos verres quelques instants, respirer un peu d'air frais et se préparer pour la deuxième mi-temps du pèlerinage de Saint Jean. 


Ce fut Arthur Ostertag, et non pas André Ostertag, qui nous reprit en main avec les vins de fruit, de pierre et de temps qu'il compose dorénavant en duo avec son père, le poète d'Epfig! Arthur, dans sa vingtaine, déborde d'énergie et on imagine bien André la contenir quand la cuve du fiston déborde. À noter, le spectaculaire contingent de vignerons alsaciens présent au salon. On devine aisément par où le bio et la biodynamie sont rentrés en France dans les années 80! Emportés par la minéralité, nous avons ricoché ensuite sur les hautes pierres du Valais Suisse. Marie-Thérèse Chappaz, tout sourire, était là pour présenter Fendant et Petite-Arvine ciselés par le terroir, son travail et sa passion des grands vins. Qualités égales au domaine Emidio Pepe, dans les Abbruzes italiennes, on pouvait y déguster deux monuments en grande forme: Trebbiano 2013 et Montepulciano 2000...seulement deux vins? Oui mais...surtout deux claques !!! Après ces quelques douces infidélités, nous avons repris les routes de nos régions. La résistance bio de la rive droite bordelaise était présente en masse: Gombaude-Guillot, Paul Barre (La Fleur Cailleau...), Valette (Clos Puy Arnaud), Amoreau (Le Puy). On aime ces Bordeaux là...plus abordables à la dégustation et tellement loins du snobisme récurrent que l'on peut côtoyer sur les quais du port de la Lune. Ce snobisme ne gagnera sûrement pas les sympathiques voisins des régions du sud-ouest. On adore toujours autant déguster les grands vins de Jean Marc Grussaute (Camin Larreyda) à Jurançon. Nectars multi-facettes aux bouquets riches et complexes qui tranchent avec des expressions en bouche toujours très aériennes. À quand accordera t'on un peu plus de crédit à ce grand vigneron béarnais? La nouvelle génération basque assure et pas que sur les vagues de leurs magnifiques côtes. L'aîné des fils de Michel et Thérèse Riouspeyrous (Domaine Arretxea) nous a présenté un tannat vinifié en amphore. La porosité de ce contenant permet de donner un peu plus de soyeux aux tanins (parfois) acerbes de ce cépage emblématique du piémont pyrénéen. Dans une autre allée, au milieu du "JURAssic Park", les verres se pressaient autour de Stéphane Tissot qui était finalement là en démonstration au vu des faibles quantités de vin à sa disposition suite aux gels en série. La Bourgogne n'était pas en reste non plus. Certes, peu de vin à vendre mais il faut continuer de creuser vers le sud. Dans le mâconnais, La vibrance cristalline des Viré-Clessé du Domaine Guillemot-Michel nous aura (une nouvelle fois) mis d'accord. Cette famille distille des vins, des marcs et même un gin, plutôt épatant! Un "line-up" sympathique chez les tailleurs de bulles champenois: Larmandier, Bedel, Boulard...Notez, l'émergence des jeunes pousses, qui n'arrêtent plus de fuir les sociétés de coopérateurs et les acheteurs de raisins des grandes marques."Independencia" pourrait crier Clémence Lelarge (Domaine Lelarge-Pugeot - Vrigny) qui continue le travail amorcé par ses parents avec beaucoup de talent. 

On aurait pu continuer pendant des heures malgré nos palets fatigués. Il était 19h00 passé quand les organisateurs décidèrent de chasser les centaines de visiteurs en éteignant les lumières de la grande salle. Solution radicale et efficace, nous avons terminé cette dégustation sur une douceur vitaminée en savourant comme des enfants, le jus d'abricot ardéchois de la Ferme des sept lunes. Le raisin nous excusera cet adultère pour une fois! 

"Le feu de la Saint Jean" - Ce Salon s'affirme d'année en année comme l'une des plus belles dégustations proposées en France aux professionnels. Les visiteurs étrangers s'y déplacent en masse. Les particuliers, les amateurs y ont également accès en échange de vingt balles. Un billet bleu pour un voyage vert. Quand, durant ce samedi, un froid humide frappait les rues de la "belle endormie", la douceur angevine était elle concentrée dans l'imposant grenier Saint Jean du quartier Doutre. On y soignait les maux avant...disons que de nos jours et une fois par an, grâce à Marc Angeli et ses amis, on continue de le faire...sans ordonnance et avec le plus bon des remèdes.


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