VERRETICALE 2018 – #4: « Le Vin de mes amis est-il aussi le tien? »

VERRETICALE 2018 – #4: « Le Vin de mes amis est-il aussi le tien? »

Jour 4
Après un court séjour en ermite dans la jolie campagne tarnaise, pause recommandée après les excès lyonnais, j'ai repris la route, direction Montpellier. Sur place, se réunissait en "On" et en "Off", tout un petit monde pour la grande messe de l' "Organic": Millésime Bio. Trois voire quatre jours pour les plus endurants (les mieux dentés également) à jouer du verre d'un salon à l'autre, dans et autour de la capitale héraultaise. 



À croire que les dieux du ciel voulaient saluer les mains vertes des vignerons présents car un grand et beau soleil chassa la grisaille des derniers jours et s'installa pour ce long dimanche de fiançailles entre producteurs et amoureux du bon vin. En arrivant à Verchant, On pouvait se délecter de cette douce atmosphère, le long des allées et des jardins du domaine situé à Castelnau Le Lez, en périphérie nord de Montpellier. Quel cadre de choix pour accueillir la très belle dégustation qui avait lieu dans les salles annexes de l'hôtel. "Le Vin de mes amis" est devenu un incontournable, un petit "All Star Game" de la dégustation, on y vient pour grumer des grands vins et saluer leurs auteurs.À l'initiative de ce rendez-vous, il y a Charlotte Sénat. Cette bretonne de souche, a marié Jean-Baptiste et ensemble il ont fondé en 1995 le domaine Sénat dans le pays de Minerve. Depuis 2004, elle réunit tout un petit groupe de vignerons pour cette manifestation. Des femmes et hommes de la vigne appliqués à produire les meilleurs vins possibles dans le respect et l'amour de leurs terroirs respectifs. Ils ne se revendiquent pas tous d'un même label ou d'une même manière de faire mais ils partagent, par contre, une envie commune de produire des grands vins, accessibles, sobres et surtout pas ronflants. Des vins justement que l'on aime ouvrir et déguster avec...ses amis! 

A peine 13h00 et il y avait déjà foule dans les trois salles occupées pour l'occasion. En échange d'un droit d'entrée de 10€ et sur présentation de sa carte professionnelle, on reçoit un verre qu'on ne doit plus lâcher, votre compagnon de dégustation pour aller à la rencontre des vignerons présents. La " prog' " est impressionnante et on sait par avance qu'on va approcher l'excellence. Le "Vin de mes amis", on peut y dénicher quelques rookies, cependant les amis de Charlotte sont, pour la plupart, assis sur de solides réputations et sont ici pour présenter leurs nouveaux millésimes ou leurs nouvelles étiquettes à venir. Charvin, Hauvette, Barral, Arena et autres...des noms qui ont fier allure quand ils sont inscrits sur les pages blanches d'un livre de cave. Ces maestros sont là, derrières leurs tables respectives, dans une ambiance joyeuse et amicale. On ne signe pas ici de gros contrats, les acheteurs essayent évidemment de valider des "alloc's" mais tout cela se fait de manière très informelle, la paperasse attendra! Les vignerons sont à l'aise et cela se ressent tout de suite. Ils vous parlent de leurs quotidiens dans la vigne, de leurs visions du métier, de la manière avec laquelle ils ont interprété et sculpté les dernières vendanges. La lutte de Thomas Pico (vigneron à Chablis) contre les gels printaniers à répétition, les bulles natures de Vouette-Sorbée, Champagnes signés par les Gautherot, le nouvel OVNI baptisé "Spoutnik" de Christophe Peyrus sur le Pic Saint Loup, le jus de cormes d'Éric Bordelet, "sydriculteur" de génie installé en Mayenne (en compétition permanente avec Jo Landron pour le concours de la plus belle moustache du salon). 


On pouvait également se mettre à l'heure catalane et découvrir le projet vinicole de poche de Dominik Huber: Terroir al Limit. 6 hectares de vignes autour de la ville de Torroja dans le Priorat. Composés majoritairement de vieux Carignans plantés en altitude et sur des versants nord. Le résultat est prodigieux et singulier. Moins riche et capiteux que ses grands frères de Gratallops, site le plus haut et le plus aride de la "DOCa" catalane, berceau du Clos Mogador, de la Finca Dofi, du Clos de L'Obac and co...Terroir al Limit: des vins au degrés maitrisé, soyeux, au fruité délicat, évocateur et on pourrait s'y perdre, de la grande Bourgogne vinicole. Du 21, parlons en d'ailleurs, car il y avait du monde devant le stand de Sylvain Pataille. On s'y pressait pour déguster son Marsannay, devenu la coqueluche de la bistronomie parisienne. Des jolis Pinots, on pouvait aussi en croiser chez les Barthelmé, du Domaine Albert Mann, en Alsace. Région qui s'affirme de plus en plus comme un grand terroir à rouge...Global warming, isn't it? Sans surprise par contre, les blancs 2016 des Barthelmé sont au rendez-vous et ils gomment tout effet millésime: droits, purs et cristallins! Des mots qu'on pourrait aussi prononcés, en posant son verre de "Grotte di Sole" 2016 signé par Jean-Batpiste Arena, le fils aîné d'Antoine. Dans la famille, il y a aussi le cadet, Antoine-Marie, qui revendique un style plus nature mais maîtrisé. les "Aren' " de Patrimonio: le grand et beau coup de calcaire corse. 



"Bordeaux is back"...c'est le message marketé et martelé par le CIVB (comité interprofessionnel des vins de Bordeaux) pour réconcilier leur vignoble avec une génération entière d'amateurs fâchés. Christophe Pueyo, vigneron libournais, présent sur le salon, préfère se détacher de ces querelles. À son stand, on pouvait découvrir de très jolis vins issus de Merlot et Cabernet Franc. Des vins qui donnent une vraie et bonne raison de se réconcilier avec Bordeaux* (*: si vous êtes fâchés, bien-sûr)! Un peu plus loin, on pouvait retrouver Geneviève de Groot et Gilles Azam du Domaine Les Hautes Terres proche de Limoux. Le couple présentait deux vins blancs, dont la cuvée "Louis". Chardonnay tendu et racé, avec ce  petit arrondi apporté par une faible proportion de chenin. Quand on cite Limoux, difficile de ne pas penser aux bulles produites en masse dans ce coin de l'Aude. La cuvée "Joséphine", méthode traditionnelle non dosée, est une élégante proposition pour vos prochaines envies effervescentes, NB!

Je pourrais continuer à relater les autres vins et leurs amis respectifs mais la liste est exhaustive. Le soir-même, les vignerons et quelques invités se sont retrouvés à table pour célébrer leur unité et leur amitié. Charlotte a reçu, des mains d'Antoine Gerbelle, commissionné pour l'occasion, l'ordre du mérite agricole. Juste récompense pour celle qui, avec le soutien de Jean-Baptiste, a su redynamiser le vignoble de Minervois. Le lendemain, il y a eu le "Day 2" de Verchant. Beaucoup de visiteurs encore, preuve irréfutable de tout l'intérêt que portent les professionnels (Importateurs, distributeurs, restaurateurs, cavistes...) aux grands vins de cette sympathique  et talentueuse bande de copains.

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